Affronter collectivement la crise climatique : quelques pistes d’action

Revendications de la Grève du Climat (Jura)

Depuis le début de l’ère industrielle, on observe une croissance rapide du taux de CO2 dans l’atmosphère, en raison de la combustion massive de ressources fossiles (essentiellement le pétrole, le charbon et le gaz). Or, les données scientifiques indiquent que la présence accrue du CO2 dans l’atmosphère accentue l’«effet de serre». Ce phénomène physique amène la Terre à emmagasiner davantage d’énergie solaire, ce qui conduit à son réchauffement global.

L’origine humaine du réchauffement en cours ne fait plus aucun doute et ses conséquences pourraient être désastreuses. Selon les modèles climatiques actuels, une hausse dépassant de 2°C les températures de l’ère préindustrielle suffirait à provoquer un emballement du climat mondial. Par exemple, les sols gelés des régions froides ainsi que le fond des océans recèlent d’énormes quantités de méthane, un gaz à effet de serre bien plus puissant que le CO2. Si rien n’est fait, la hausse des températures entraînera une libération massive de ce gaz dans l’atmosphère, enclenchant un cercle vicieux. La température continuerait alors à grimper de manière incontrôlable, ce qui conduirait à une forte montée des eaux, un bouleversement des courants océaniques, une rupture de l’équilibre qui régit les écosystèmes, des phénomènes météorologiques extrêmes, ainsi que toutes les conséquences qui en découlent (épidémies, famines, migrations forcées, conflits, etc.). Ces différents facteurs engendreraient un effondrement de la société telle que nous la connaissons, menaçant alors la survie de nombreuses espèces dont la nôtre.

C’est donc un avertissement très sérieux que lancent des organismes comme le GIEC à l’adresse des gouvernements. Nous devons limiter autant que possible ce réchauffement si nous souhaitons avoir un futur viable. Il faut donc cesser au plus vite l’extraction et la consommation de combustibles fossiles. Nos sociétés ne doivent pas rejeter plus de gaz à effet de serre que ce que les écosystèmes – forestier et océanique principalement – sont en mesure d’absorber. Cela implique de transformer de fond en comble notre système productif, pour permettre un usage rationnel des ressources naturelles. Notre économie doit cesser d’être guidée par le dogme de la croissance à tout prix. Il faut sortir du productivisme et viser la satisfaction des besoins fondamentaux de l’ensemble de la population, en incluant des perspectives à moyen et long terme.

Le climat s’étant déjà réchauffé d’1°C depuis le début de l’industrialisation, les délais pour empêcher la catastrophe sont extrêmement brefs. Plus de trois ans après la signature, en automne 2015, des «accords de Paris» à la COP21 (souvent présentée comme le sommet de la «dernière chance»), la tendance reste la même. Les États ne semblent pas prévoir l’application de mesures contraignantes pour la réduction des émissions et le passage aux énergies renouvelables. De leur côté, les compagnies pétrolières prévoient d’augmenter encore le nombre de barils extraits et vendus au cours des prochaines décennies.

Face à l’irresponsabilité des milieux économiques et politiques, nous avons décidé de nous mobiliser. En tant que Grève du Climat (Jura), nous nous reconnaissons dans les revendications formulées par notre mouvement au niveau national. Nous avons choisi de les développer davantage, afin de préciser l’orientation stratégique du mouvement.

Nous savons que la transition écologique requiert un gigantesque effort commun. Les entreprises et les pouvoirs publics ne peuvent s’y soustraire en reléguant l’urgence climatique à une question d’efforts individuels. Il serait inadmissible qu’un État aussi riche et prospère que la Suisse continue ne serait-ce qu’une année de plus sur la voie de l’inaction. Nous appelons la Confédération, les cantons et les communes à prendre des mesures fortes et immédiates, incluses dans un plan d’action climatique crédible, ayant pour objectif un bilan zéro d’émissions nettes de gaz à effet de serre d’ici à 2030. Des propositions d’adaptation du cadre légal doivent être faites afin de permettre de concrétiser ces objectifs. Il faut dès à présent agir de façon rationnelle, en considérant les impacts des décisions non pas à l’échelle du semestre ou de l’année qui commence, mais en pensant aux prochaines décennies.

Plus concrètement, voici une série de domaines d’actions que nous considérons comme primordiaux :

INFORMATION DE LA POPULATION ET DÉBAT DÉMOCRATIQUE

  • La Confédération, les cantons et les communes doivent reconnaître officiellement la crise climatique comme un défi historique à surmonter coûte que coûte.
  • Ils doivent mettre à disposition de la population les ressources nécessaires à la compréhension de cette crise, de ses causes, de ses probables conséquences à long terme et des solutions envisageables.
  • Les institutions publiques doivent se montrer exemplaires en matière d’écologie.

FINANCEMENT

  • La transition nécessite un effort financier particulier. La Confédération, les cantons et les communes doivent débloquer des budgets exceptionnels à la hauteur de la situation.
  • Pour alimenter un fond dédié à la transition, imposer progressivement le capital des entreprises et mettre fin aux forfaits fiscaux. Introduire un impôt sur les transactions boursières et les dividendes. Taxer lourdement les secteurs les plus polluants.
  • Afin d’utiliser au mieux les ressources financières, l’État et les institutions dépendant de l’État ne doivent pas investir dans des énergies fossiles et doivent rediriger ces investissements vers des secteurs durables. De plus, la transparence sur les investissements doit être totale.

ÉNERGIES

  • Planifier une transition rapide vers les énergies renouvelables dans le respect de la nature et de l’humain (essentiellement solaire, éolienne, hydraulique, bois local à base de déchets forestiers, géothermie peu profonde), en tenant compte des spécificités territoriales. Diminuer fortement la production d’énergie à base de ressources fossiles sans se rabattre sur le nucléaire.
  • Créer un service public chargé d’isoler et de rénover tous les bâtiments afin de réduire au minimum les pertes et de favoriser la production locale d’énergie (photovoltaïque et thermique essentiellement). Ces travaux ne doivent pas être directement à la charge des habitant.e.s concerné.e.s, mais financés par la collectivité. Chaque nouvelle construction doit pouvoir produire de façon autonome un pourcentage minimal de sa consommation annuelle. Interdire le chauffage à mazout dans les nouvelles constructions. Subventionner les installations de récupération d’eau.
  • Extinction de l’éclairage public en période de basse activité et/ou éclairage dynamique, en tâchant d’utiliser les sources d’éclairage les plus écologiques possibles.
  • Extinction obligatoire des enseignes et vitrines dès la fermeture et interdiction des enseignes publicitaires lumineuses/ éclairées.

TRANSPORTS

  • Décourager l’usage de la voiture privée, surtout dans les villes. Investir dans les transports publics: leur coût doit baisser drastiquement partout; la desserte des régions isolées doit être améliorée.
  • Favoriser le transport de marchandises par voie ferroviaire. Viser à diminuer la quantité globale de transports en relocalisant la production.
  • Afin de diminuer le trafic pendulaire, des prix abordables devraient être proposés sur les logements situés à proximité des lieux de travail. En outre, les petites localités doivent pouvoir compter sur des services de proximité (écoles, crèches, services postaux, hôpitaux).
  • Viser à décourager au maximum l’utilisation de l’avion.

ALIMENTATION

  • Relocaliser ce qui peut l’être, dans l’optique de la souveraineté alimentaire: cela ne signifie pas vivre en autarcie, mais que ce qui peut être produit sur place en vue d’être consommé sur place doit l’être (circuits courts). Limiter l’importation de nourriture pour l’élevage.
  • De façon générale, promouvoir une agriculture écologique favorisant le stockage du carbone dans les sols, ainsi que la préservation des écosystèmes. Stopper l’usage des pesticides et engrais jugés dangereux pour l’environnement.
  • Dans les commerces et dans la restauration, favoriser donc l’offre de produits locaux. Promouvoir la vente en vrac et viser l’abandon des emballages en plastique.
  • Informer correctement la population sur les alternatives aux produits animaux et de manière générale, ceux ayant une grande empreinte écologique. Éventuellement les taxer à différents niveaux.

RECYCLAGE DES MATÉRIAUX

  • Favoriser le recyclage en repensant entièrement la production: les objets doivent être conçus pour être intégralement démontables, réparables et recyclables. Les entreprises doivent utiliser des pièces standardisées autant que possible, afin de permettre un recyclage optimal.
  • Combattre l’obsolescence programmée. Mettre en place des normes sur la durabilité des biens de consommation.
  • Retirer du marché les produits jetables non biodégradables qui ne sont pas de première nécessité. En finir avec l’usage généralisé et abusif du plastique.
  • Appliquer des cautions à certains emballages réutilisables, afin que les particuliers les rapportent aux points de collecte correspondants.

EMPLOI

  • La transition écologique nécessite la suppression de certains secteurs productifs inutiles, dont notamment la production d’armes, la publicité de masse, etc. Il faut donc pouvoir offrir aux salarié.e.s concerné.e.s des plans de reconversion avec des perspectives professionnelles dignes.
  • Davantage de postes de travail et de formations doivent être proposés dans les domaines liés à la transition.

Revendications cantonales approuvées le 26 février 2019 à Porrentruy, lors de l’assemblée générale de la Grève du Climat (Jura)